Vous cherchez un 32 pieds d’occasion solide, marin et accueillant sans tomber dans la complexité ni les coûts cachés ? Le Feeling 326 coche ces cases. Né chez Kirié, il a bâti sa réputation sur une équation simple : un bateau qui emmène la famille loin, en sécurité, avec un vrai confort à bord. Ci-dessous, vous trouverez ce que j’aurais aimé lire avant d’en acheter un : présentation claire, avis argumenté de navigateur et fiche technique précise.
ADN du modèle : conception Kirié, esprit baroudeur et vrai programme croisière
Lancé en 1987, le Feeling 326 est signé Philippe Harlé (avec l’apport de Patrick Roseo selon les millésimes). Son succès s’explique par une carène saine en polyester monolithique, un plan de pont sans esbroufe et deux configurations qui ouvrent le terrain de jeu : quille fixe (tirant d’eau d’environ 1,80 m) pour la tenue au près, et dériveur intégral (0,70–1,60 m) pour remonter les rivières, frôler les bancs de sable ou s’échouer à plat.
Environ 350 unités sortiront jusqu’à la fin de production en 1999. À l’époque, il ferraille avec les best-sellers que sont le Sun Odyssey 32.1, le Gib’Sea 92 ou le First 32S5. Sa singularité ? Une vraie polyvalence sans renoncer à l’habitabilité, et une simplicité d’emploi qui rassure en équipage familial.
Esprit du 326 : un voilier de croisière honnête et marin, pensé pour vivre bien au mouillage et avancer proprement quand ça fraîchit, avec l’option dériveur intégral comme sésame des eaux peu profondes.
Vie à bord : volumes justes, lumière et rangements utiles
Le carré surprend agréablement. Grâce aux vitrages latéraux, la pièce est claire, ventilée et suffisamment vaste pour six autour d’une table pliante. On est dans l’esthétique des années 90 : boiseries vernies, vaigrages clairs et menuiseries robustes. La hauteur sous barrots est généreuse pour la taille, et on circule sans contorsions.
La cuisine en L à tribord, avec double évier, deux feux et réfrigérateur, est pensée pour cuisiner gîté. Les mains trouvent naturellement des appuis, la zone est sécurisante par mer agitée. En face, la table à cartes reste fonctionnelle, avec suffisamment d’espace pour l’électronique moderne sans dénaturer l’esprit du bateau.
Deux cabines doubles (avant et arrière) offrent une literie correcte et des équipets pratiques. La salle d’eau à bâbord intègre lavabo, douche et WC marin : ce n’est pas un spa, mais on y fait sa toilette sans compromis. L’ensemble respire la cohérence : rien de tape-à-l’œil, tout est pensé pour durer.
Comportement en mer : tenue, tolérance et sécurité ressentie
Au large, le 326 se lit facilement. Le plan de voilure bien proportionné donne un bateau équilibré à la barre, surtout avec un jeu de voiles entretenu et un bon réglage de gréement. On apprécie une stabilité de route rassurante : il ne part pas au lof au premier grain et prévient avant de s’énerver. Par brise établie, il garde de la raideur et conserve un cap honnête.
Face au vent faible, ce n’est pas un pur-sang. Les amateurs de chiffres s’en douteront : avec ses 4,8 t de déplacement et 1,5 t de lest, la vitesse dans le petit temps dépendra de la qualité du génois et d’un spi (ou gennaker) bien utilisé. Mais ce compromis favorise le confort et la tolérance, y compris avec des équipiers peu aguerris.
La version dériveur intégral ajoute une dimension tactique : on joue du tirant d’eau pour s’abriter, on pose la quille dans la vase pour attendre la renverse. La contrepartie ? Un léger roulis au mouillage si la dérive est relevée et un cap un peu moins tendu au près que la quille fixe. Rien de rédhibitoire si votre programme inclut chenaux, estuaires et mouillages « confidentiels ».
Pour qui, pour quoi ? Les usages où le 326 excelle
Si votre cahier des charges ressemble à celui-ci, vous êtes au bon endroit.
- Croisière côtière engagée avec escapades hauturières raisonnées, en équipage familial.
- Mouillages sauvages, estuaires à faible tirant d’eau, échouage maîtrisé (version dériveur).
- Vie à bord confort : carré convivial, vraie cuisine, cabines exploitables sur la durée.
- Budget entretien contenu grâce à une construction robuste et un gréement simple en sloop.
Si, à l’inverse, vous cherchez des moyennes à deux chiffres au reaching sous pilote, d’autres carènes plus modernes répondront mieux. Ici, la promesse est celle d’un compagnon fiable, pas d’un sprinteur.
Ce que j’inspecte sur un Feeling 326 d’occasion
Un 326 bien né vieillit bien, mais l’examen sérieux reste la clé d’un achat serein. Voici les points que je contrôle systématiquement et pourquoi ils comptent.
Coque et appendices : sur quille fixe, vérifier les boulons de quille et l’absence de marque de « smile » au joint. Sur dériveur, l’état du puits, l’axe de dérive et la manœuvre (jeu, corrosion, étanchéité) sont primordiaux. Une dérive qui remonte et descend sans point dur est un vrai plus au quotidien.
Pont et accastillage : inspecter autour des cadènes, du pied de mât et des winchs pour déceler microfissures et infiltrations. Les hublots latéraux peuvent fatiguer : contrôle des joints et éventuels craquellements. Un pont sain vaut de l’or en tranquillité.
Gréement et voiles : l’âge du gréement dormant (haubans/étai) est un indicateur de sécurité et d’anticipation budgétaire. Des voiles bien coupées redonnent du nerf au bateau dans le médium ; un enrouleur fluide change la vie au quotidien.
Motorisation : le Volvo Penta 18 ch est un allié fidèle s’il a reçu ses vidanges, anodes et échangeur. Sur essai, je cherche une mise en route franche, un ralenti stable et une température qui tient sa courbe. Regard sous les supports-moteur : toute dégradation du silentbloc se ressent en vibrations.
Electricité et plomberie : tableau propre, connexions protégées, pompes de cale efficaces. Les réservoirs (eau 220 L, carburant 60 L) doivent être propres et ventilés ; un réseau d’eau sans odeur est un bon signe de suivi.
Ce que disent les propriétaires, au-delà des fiches
Leur refrain est constant. Points forts : habitabilité remarquable pour 9,95 m, cockpit pratique, finitions honnêtes, entretien prévisible, facilité de manœuvre même en équipage réduit. Réserves : cap dans le très léger perfectible si l’on ne soigne pas les voiles, rangements de cockpit parfois comptés et dérive à surveiller sur la version intégrale. Le rapport plaisir/prix reste l’une de ses meilleures cartes.
Alternatives crédibles sur le marché de l’occasion
Si vous hésitez dans ce gabarit, deux pistes méritent d’être mises en perspective. Le caractère marin et la simplicité de l’Jeanneau Attalia 32 en font un rival sérieux, plus « classique » dans son dessin mais redoutablement efficace. Côté format compact et malin, vous pouvez aussi découvrir le Gib’Sea 28, excellent pour apprendre et rayonner en côtier avec un budget contenu.
Conseils d’armement et d’optimisation utiles
Le 326 s’épanouit avec un jeu de voiles cohérent : un génois un peu généreux pour le petit temps et un spi/gennaker pour aérer les allures portantes. Un pilote bien dimensionné change la vie en croisière. Au mouillage, un bon taud, une annexe légère et une ancre moderne augmentent sensiblement le confort. Enfin, la pose de panneaux solaires discrets suffit souvent à l’autonomie hors marina.
Fiche technique complète du Feeling 326
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecte | Philippe Harlé (avec Patrick Roseo) |
| Chantier | Kirié |
| Année de lancement | 1987 |
| Longueur hors tout | 9,95 m |
| Longueur à la flottaison | 8,85 m |
| Largeur | 3,30 m |
| Versions | Quille fixe 1,80 m / Dériveur intégral 0,70–1,60 m |
| Déplacement | 4 800 kg |
| Lest | 1 500 kg |
| Surface de voilure | ≈ 50 m² |
| Motorisation | Volvo Penta 18 ch |
| Réservoir carburant | 60 L |
| Réservoir(s) d’eau | 220 L |
| Catégorie CE | A ou B selon millésime/équipement |
| Capacité d’accueil | 6 à 8 personnes |
| Production | ≈ 350 unités (fin vers 1999) |
Le mot de la fin
Le Feeling 326 n’essaie pas d’être tout à tous. Il assume ce qu’il fait de mieux : emmener sereinement une famille ou un équipage d’amis en croisière, offrir de beaux mouillages grâce au dériveur intégral quand on le choisit, et préserver le plaisir simple d’un bateau que l’on comprend tout de suite. Si votre priorité s’appelle liberté, sécurité ressentie et vie à bord de qualité, vous êtes exactement sur la bonne longueur d’onde.